Attention au départ!!!


    Nous sommes à une altitude de 12200m, la température extérieure est de -54°C et la température intérieure de 21°C. A l'heure qu'il est, nous sommes assis, bien alignés les uns aux autres, une couverture sur les genoux, certains dorment, d'autres regardent un  film, et dans quelques heures nous verrons à travers nos petits hublots apparaître la terre européenne. Moi, j'en profite pour vous raconter nos derniers moments en Argentine... Nous nous sommes quittés la dernière fois en Patagonie et plus précisément à El Calafate... 

    Après avoir vu toutes ces merveilles de la nature, nous savons désormais que c'est l'heure pour nous de remonter sur Buenos Aires. Nous ne réalisons pas vraiment que cette longue période d'errance est en train de s'achever. Toute cette descente vers  le Sud des Andes est terminée, mais il nous reste encore quelques kilomètres à pédaler en Uruguay et en Europe, ce qui va prolonger un peu ce voyage et le terminer en douceur... Dans moins de 2 mois nous arriverons en Loire Atlantique. 

    Notre remontée sur Buenos Aires s'est déroulée sur une petite semaine à partir d'El Calafate. Nous décidons donc, le 16 Mars, de tenter de faire du stop à la sortie de la ville. Un poste de contrôle de police y est installé ce qui oblige les véhicules à ralentir, voir à s'arrêter. A 9h pétante, nous sommes prêts : nous sommes "garés" juste après le contrôle, et les policiers sont avertis et sont "sensés" nous aider à dégoter la perle rare qui voudrait bien nous avancer jusqu'à Rio Gallegos (une ville sur la côte Atlantique et surtout placée stratégiquement, sur le grand axe Ushuaïa - Buenos Aires). Je dis "sensés" car au final, ils ne nous auront pas été d'une grande aide! La pancarte est créée, et nous passons donc toute la journée à tendre le pouce aux véhicules susceptibles de nous prendre. En effet, on est un peu encombrants avec les 2 vélos et toutes les sacoches, nos chances de stop sont faibles... Au départ nous sommes confiants, mais, plus les heures passent, moins on y croit!! On tente des techniques en embellissant la pancarte et en attirant le client avec notre "café gratis"... Mais rien n'y fait! A 19h, nous quittons notre poste et retournons bredouille à notre camps de base "l'hotel Lago Argentino". Nous abandonnons le stop depuis El Calafate et décidons de prendre un bus pour nous avancer à Rio Gallegos. 

     Le lendemain, nous prenons donc le bus avec toujours ce petit coup de stress que l'on déteste lorsque le chauffeur nous dit vite fait en nous regardant à peine : "Non, pas de place pour les vélos!" Il suffit alors de discuter un peu, d'être très gentil avec le monsieur et de démonter en 2 temps 3 mouvements les vélos!!... Bon, en cherchant bien, on trouve toujours un petit coin pour tout ça!! Nous arrivons en fin d'après-midi à Rio Gallegos. C'est un peu comme si nous connaissions déjà le coin... En effet, des collègues cyclotouristes, qui sont déjà passés par là, et qui ont aussi tentés de faire du stop nous ont hyper bien renseigné, merci à eux!... Nous partons donc directement vers la station essence YPF d'à côté, où passeraient un grand nombre de camions susceptibles de remonter sur Buenos Aires. La station service est immense et de nombreux camions y stationnent pour y passer la nuit. Nous ne traînons pas et commençons à demander. La solution ici est d'aller à la rencontre des routiers et de leurs expliquer notre désir de remonter avec nos vélos jusqu'à la capitale. Ils sont tous très sympas et de bons conseils même si ceux à qui nous demandons sont pour la plus part en train de descendre vers le Sud. Certains nous disent qu'ils vont repasser par là dans quelques jours... Mais, si on peut éviter d'attendre quelques jours ce serait top!! Ils nous avertissent également que de l'autre côté de la route il y a la douane par laquelle doivent passer une bonne partie d'entre eux avant de continuer. Nous sommes donc aux aguets en regardant les camions défiler. 

    Lorsque la nuit commence à tomber, nous partons vers une auberge sociale et sportive. Puis, après une bonne nuit, nous repartons assez tôt à la station service. Nous sommes plusieurs à faire du stop ce jour là. Nous avons de la concurrence mais avec nos vélos nous partons avec un petit désavantage. Nous tournons et demandons au plus de camions possible pour ne pas louper une occasion. Dans l'après-midi, nous rencontrons Duan, il est brésilien, voyage aussi à vélo, et essaye, comme nous, de remonter à Buenos Aires en stop. Nous discutons ensemble un moment et encore une fois nous réalisons que nous connaissons les mêmes personnes qui voyagent à vélo : "Ah mais c'est toi le brésilien qui a roulé un moment avec l'allemand et qui était vers la laguna verde au premier de l'an!?!!" Trop drôle... Nous relâchons légèrement notre attention sur le stop puis quelques camions arrivent par là... Nous repartons chacun de notre côté demander... Je me présente à un chauffeur, explique mon cas et le routier, très simplement me dit : "Oui, je remonte sur Buenos Aires, je fais le plein et je vous prend après... Vous êtes combien??" , "Euh... 2 enfin 3!" , "Ok pas de souci!". Je n'y croit pas vraiment!! Je préviens Laurent et Duan et hop nous nous préparons, achetons quelques bricoles pour le chemin, et le semi-remorque, à la remorque bâchée, arrive... Il est vide, nous montons donc les vélos à l'arrière ainsi que toutes les sacoches! Nous grimpons dans la cabine... Avec Laurent, nous sommes assis sur son lit et Duan, joue le rôle du co-pilote!!! Whouou... Quelle chance!!! Allez c'est parti, il est environ 16h et nous commençons notre remontée vers la capitale! 



    Nous faisons la connaissance avec Mauro, notre chauffeur, alors que nous roulons sur la route 3 qui longe la côte Atlantique de l'Argentine. La route dans le coin est plus que droite, pendant des kilomètres et des kilomètres. Nous gardons le même cap, dans un paysage très monotone. Des hectares et des hectares d'herbes sèches et de petits arbustes, sans aucun arbre à l'horizon!!! Pas bien palpitant quoi! On est bien contents d'avoir trouvé ce camion et nous ne comprenons pas vraiment ces cyclistes qui ont déjà fait cette partie à vélo... Pas vraiment d'intérêts à nos yeux, surtout que parfois, ces conditions peuvent largement empirer lorsque le vent souffle fort!!

Notre remontée sur Buenos Aires s'est fait sur 3 jours complets avec environs 2500 bornes avalées. C'est le grand luxe dans ce camion avec même un petit lecteur DVD pour ce mater un film et faire passer le temps!! La nuit, lorsque Mauro veut dormir, nous lui laissons son lit et partons, avec Duan, dans la plus grande tente dans laquelle nous n'ayons jamais dormis : la remorque!! Un matin, à Puerto Madryn, nous reprenons les vélos pour aller rapidement manger un petit dej' en bord de mer. De son côté, Mauro doit préparer le camion pour un prochain chargement. Lorsque nous sommes de retour, nous assistons au chargement de quelques blocs de roches de 5 tonnes chacun, s'il vous plait!!

    Le 21 dans l'après-midi, nous sommes à 70km de Buenos Aires. Mauro nous dépose à une station service afin de camper dans le coin et arriver le lendemain sur la capitale. Nous sommes bien heureux de quitter ce camion, le trajet à été un peu long et nous avons envie de prendre l'air. Le lendemain, nous recommençons à pédaler et rejoignons finalement l'autoroute. Même si nous n'avons pas vraiment le droit en tant que cyclistes, nous y roulons une trentaine de kilomètres sur la large bande d'arrêts d'urgence avant de nous arrêter à une station service. Qui sait, si nous trouvions un pick-up pour nous amener ce serait encore mieux. Au bout d'un quart d'heure, voilà qu'un couple veut bien nous prendre et nous avancer après les quartiers "chauds" de banlieue. La chance continue à nous sourire, c'est chouette! Nous sommes presque dans le centre. Nous laissons Duan de son côté (qui n'a pas prévu de s'arrêter à Buenos Aires) et filons tout droit vers San Telmo, le quartier touristique. 


l'obélisque
   Nous sommes dans un hôtel, parfaitement bien placé pour jouer les touristes quelques jours. Alors que nous nous baladons dans les différents quartiers du centre, nous admirons, en long, en large et en travers, le nouveau Papa Francisco! Fierté du pays, il aura fait la une de l'actualité pendant une bonne semaine!! Nous partons flâner dans la capitale, qui pour nous a des petits airs de Paris. Dans le micro centro, nous ne pouvons pas louper l'obélisque sur l'impressionnante "avenida 9 de Julio". Nous passons aussi à la "plaza de Mayo" où la présidente, Cristina Kirchner a ses bureaux dans la "Casa Rosada". Sur la place,  les mères des "disparus" durant la guerre sale (sous la dictature militaire entre 1976 et 1983) et les anciens combattants de la guerre des Malouines se réunissent pour réclamer une reconnaissance de l'état. Nous flânons aussi sur les quais de "Puerto Madero" où d'anciens entrepôts en brique ont été réaménagés en restaurants tendances, lofts et bureaux. Le quartier que nous avons beaucoup apprécié a été San Telmo avec ses ruelles pavées qui lui donnent beaucoup de charme. Ce quartier, c'est aussi celui des antiquaires. En ce dimanche, ils sont tous de sorties ainsi que de nombreux vendeurs d'artisanat. Quelques musiciens et danseurs de tango se produisent aussi à quelques endroits devant les touristes de passage... 

la "Casa Rosada"

Quartier de "Puerto Madero"

les rues de Colonia
    Le 25 Mars, nous partons de Buenos Aires pour une petite escapade en Uruguay. Entre Buenos Aires et l'Uruguay, nous devons seulement traverser l'estuaire du rio de la Plata pour arriver environ 50km plus loin à la ville de Colonia. Nous prenons donc le bateau et arrivons, en 3h à cette jolie ville classée au Patrimoine mondial de l'UNESCO. Nous y restons l'après-midi pour s'y promener... Elle attire beaucoup les Porteños (nom que l'on donne aux habitants de Buenos Aires) qui souhaitent s'échapper de la grosse ville pour un peu de tranquillité. Ancienne cité coloniale, elle garde encore aujourd'hui les jolie façades témoins de son passé ainsi que ses petites ruelles pavées. 


    Le jour suivant nous prenons un bus vers l'Est. En passant par la capitale, Montevidéo, nous rejoignons Punta del Este afin de débuter notre petit périple à vélo le long des côtes uruguayennes. Dès que nous arrivons à Punta del Este nous commençons à pédaler. Au départ, une route longe la côte bordée de nombreux hôtels et maisons de particuliers à l'architecture moderne. Puis, plus nous nous éloignons, plus les bâtiments deviennent éparses et moins clinquants. Les plages et les belles vagues de l'Atlantique font le bonheur des touristes qui sont venus en nombre pour la semaine Sainte.




















   Sur notre chemin, nous passons quelques lagunes qui sont situées en bordure de côte, de nombreux pêcheurs viennent s'y installer pour la journée. Les soirs,  nous alternons entre camping sauvages au milieu des dunes et les campings "officiels" afin de profiter du barbecue et se faire griller un bon poisson.


avec Magali et Pablo
    Un matin, à la Pedrera, petit village balnéaire, nous rencontrons par hasard Pablo et Magali. C'est le couple que nous avions contacté par warmshowers quelques temps auparavant et qui va nous héberger pour nos derniers jours à Buenos Aires. Nous savions qu'ils avaient aussi prévu de faire les côtes uruguayennes à vélo et c'est donc une chance de les rencontrer ici. Ce jour là, ils ont prévu de rester se reposer sur la plage. De notre côté, nous continuons.

la plage à Pedrera

    La route s'enfonce légèrement plus dans les terres et nous entrons progressivement dans une zone avec de nombreux palmiers. C'est la saison où les palmiers donnent leur fruits : les butias. Ce sont de petits fruits jaune orangés très acidulés avec un énorme noyau. Sur le bord des routes, beaucoup de vendeurs proposent des liqueurs de butia, des fruits aux sirop... Nous profitons d'une pause du midi pour s'enfoncer par une petite route, qu'on nous avait indiqué, et rejoindre la mer. Le long de ce chemin, des nids de perruches vertes sont accrochés aux arbres... Ils sont énormes! A cette endroit, nous sommes presque seuls sur cette immense plage sauvage bordée de dunes... Le vent a cependant décidé d'être de la partie et nous empêche de profiter pleinement d'une petite sieste. Le jour suivant, nous arrivons progressivement vers le parc de Santa Teresa. C'est un parc protégé en bord de côte, très bien entretenu. Des petites routes mènent à des plages, il y a des jardins, un zoo et un fort. Nous passons un bon moment à flâner dans cet endroit.



 Lorsque nous repartons, nous choisissons de revenir maintenant sur nos pas, en passant par des chemins moins fréquentés. Nous ne suivons plus la côte mais rentrons plutôt dans les terres. Nous sommes seuls au milieu de ces champs immenses. Il y a beaucoup d'élevage de bovins dans le coin mais aussi des chevaux et des moutons. Pour la nuit, nous partons demander la permission de camper proche d'une ferme. Les fermes étant éloignées de la piste, nous prenons un des chemin et entrons dans une propriété bien entretenue avec de jolies zones de pelouse à l'entrée pour planter la tente. Nous demandons à un monsieur qui accepte et nous nous installons donc à côté des cochons!! Nous ne croisons pas grand monde ce soir là, et alors que nous sommes en train de cuisiner, à la nuit tombée, une voiture rentre dans la propriété et s'arrête lorsqu'il nous voit. Je pars à sa rencontre... C'est le propriétaire, il nous demande ce que l'on fait là et nous dit assez fermement : "Mais ce n'est pas un camping, qui vous a autorisé à camper là? Je ne veux pas que vous campiez ici!!". Oups, je ne pensais pas que ça allait prendre cette tournure, je lui explique donc notre cas, que l'on a d'abord demandé, que l'on ne veut pas le déranger et que l'on repart demain matin, etc... Après ces quelques négociations, il repart énervé en nous disant : "Bon d'accord, vous restez cette nuit, mais vous partez très tôt demain matin!!"... "Oui, oui..." Première fois que nous avons quelqu'un qui s'énerve contre nous, nous sommes assez surpris et nous espérons que le monsieur à qui nous avions demandé au début ne va pas avoir de problème avec son patron... Ce qui est étrange, c'est que le lendemain, lorsque le propriétaire grognon repart dans l'autre sens, il nous lance un grand bonjour avec la main!!

    Nous continuons donc au petit matin, à vélo, sur ces pistes peu fréquentées. Nous sommes désormais à quelques jours de notre départ pour l'Europe et nous ne réalisons pas encore, les journées s'enchaînent, la date se rapproche et nous n'avons même pas ce petit truc dans le creux du ventre... En fait, on a hâte d'y être je crois et, tant qu'on ne sera pas dans l'avion, on ne réalisera pas. Nous terminons ce petit trip en Uruguay à la petite ville de Rocha d'où un bus nous prendra pour retourner sur Colonia et prendre ensuite le bateau pour Buenos Aires.  

la petite "Mafalda", célèbre héroïne de bande dessinée argentine

    Lorsque nous arrivons à Buenos Aires, nous allons chercher notre petit ordinateur que nous avions, au préalable, emmené chez le réparateur. Bonne nouvelle, il va bien et veut bien se rallumer. Puis, nous rejoignons Pablo, notre hôte de warmshower et rentrons ensemble à vélo chez lui. Nous traversons quelques quartiers que nous ne connaissions pas, longeons quelques parcs et arrivons dans leur petit appartement du quartier de Villa Urquiza. Sur les 3 jours que nous passons à Buenos Aires, nous en passons pas mal consacré à notre départ pour Rome. Nous ne prenons malheureusement pas beaucoup de temps pour retourner se balader dans le centre touristique... Mais bon, comme on dit régulièrement : "On reviendra!".

    Les 3 jours défilent vite, nous dégustons quelques glaces, et Pablo a le temps d'organiser une bon asado (grillade) pour nous et quelques amis à lui! Dans cette soirée, nous continuons, pour notre grand bonheur, à apprendre l'art de la grillade argentine... Ca, oui c'est tout un art!! Et puis vient l'heure de l'emballage... Les vélos sont démontés, scotchés empaquetés... Les bagages sont préparés... Le taxi est commandé! A 8h pétante, le 7 avril nous voilà donc à rentrer toutes nos affaires dans la voiture qui nous emmène à l'aéroport. Nous faisons nos au revoir à Pablo et Magali qui ont été adorables et que nous espérons revoir en France pour leur  prochain voyage à vélo! 


    Ca y est nous sommes dans le taxi et pour ma part je suis en train de réaliser la fin de ce grand périple en Amérique du Sud... Une petite boule se forme dans mon ventre et je regarde défiler les bord de routes en me remémorant tous ces bons moments que nous avons passés sur ce continent. C'est la fin c'est sûr, mais ça annonce aussi le début d'une autre partie de notre vie. Et puis surtout, le voyage n'est pas terminé... L'Italie, que nous ne connaissons pas, et la France, que nous ne connaissons pas assez, nous attendent. Et il y a aussi tous ces gens que l'on a hâte de revoir et les nombreux nouveaux venus, des amis et de la famille, que l'on a hâte de connaître!!!

     "L'avion numéro X10240 à destination de Rome va partir, attention à la fermeture des portes, attention au départ!!!" Biiiiiiiip!!!! Ca y est c'est parti, nous nous envolons pour notre prochaine destination... Rome!

                                                                                                   ........................Dédé

Vous reprendrez bien un dernier petit Parc National avant de remonter?

    Après cette fin de périple sur la Carretera Austral et malgré notre arrivée "humide", nous avons eu beaucoup de plaisir  à revenir en Argentine. Cela a sonné pour nous comme la fin ou plutôt la presque fin de notre descente vers le Sud. Nous nous sommes longtemps demandés oú est-ce que nous allions nous arrêter et nous avons été d'accord de rester sage, d'en garder un peu pour un autre voyage et de profiter du Parc National Los Glaciares dont la partie Sud sera notre point final. Durant les 20 jours depuis notre arrivée chez Ariane et Carli, nous n'avons pas parcouru beaucoup de kilomètre en vélo... On ne s'est déplacé que de 120km à vol d'oiseaux pour tout dire...

 
     En arrivant à El Chalten, nous pénétrons dans le Parc National de Los Glaciares. La partie Nord, oú nous étions, renferme quelques joyaux naturels et plus particulièrement les montagnes du Fitz Roy et du Cerro Torre. Magnifiques montagnes verticales "déchiquetées" entourées de paysages sauvages et où de nombreux sentiers de randonnée permettent d'approcher ces deux monstres sous des angles différents. Et on en profitera au maximum... Mais ici, on ne décide pas du tout ce qu'on fait sans prendre en compte la météo qui est très variable. Ariane et Carli nous ont vite conseillé sur les choses à voir et de profiter dès qu'il fait beau temps car l'été s'achève ici. 
El Chalten n'est pas une petite ville très typique où un charme éventuel, dû à la proximité du Fitz Roy, parcourre les rues. Il faut dire que la ville ne date que de 1985 et a été construite afin de permettre à l'Argentine de s'approprier un territoire convoité par son voisin Chilien et dont les limites territoriales n'étaient pas très bien définies. Du coup, tout ou presque tout tourne autour du tourisme qui bat son plein durant les quelques mois que dure l'été. Le reste de l'année, on dénombre 600 habitants. El Chalten a été un lieu de retrouvailles pour nous. Que l'on vienne du Nord (Chili) ou du Sud, on s'y arrête la plupart du temps pour quelques jours. Durant notre séjour, nous retrouvons, sans surprise, Carina et Yoann puis Anne et Arnaud avec qui nous avons traversé la frontière la veille de notre arrivée. Nous nous retrouverons par la suite pour une soirée pizza faites-maison avec d'autre rencontres. Dans la rue principale San Martin, nous retrouvons Jaime et Joel, nos deux compagnons de route laissés à Villa O'Higgins, en compagnie de Pépé un espagnol à vélo qui nous raconte être venu ici quelques années auparavant pour tenter l'ascension du Cerro Torre. Tentative loupée à cause du mauvais temps. Alors que nous passions à l'agence où travaille Ariane, nous retrouvons Koïde, un cycliste Japonais que nous avons croisé et recroisé depuis Manihuales, au Nord de Coyhaique au Chili. Il nous est très sympathique même si nos discussions sont assez courtes. Son anglais étant un peu limité. Un autre jour, entre deux rayons du supermarché du coin, nous tombons sur Marie et Yohann avec qui nous étions à Mendoza. Eux, ont atteint le point final de leur descente à Ushuaia et sont revenus en voiture pour visiter un peu plus le coin avec le papa de Yohann et un ami. Ca nous fait plaisir de les voir d'autant que c'était inattendu. Bref, tout ca pour dire qu'a force de revoir des gens à chaque fois que l'on sortait, on se sentait un peu comme chez nous...

Le Cerro Torre
   Mais bon, on n'a pas fait que des retrouvailles non plus. Les alentours d'El Chalten sont propices aux randos et après quelques jours afin de publier le dernier message et de se reposer, nous profitons d'une percée de 4 jours de beau temps pour aller, dans un premier temps, voir de plus prêt le Cerro Torre en marchant jusqu'au lac du même nom. Une entrée en matière, un petit aller-retour qui n'a fait qu'attiser notre envie d'aller plus loin. 

 Le Fitz Roy au petit matin









    Donc, dès le lendemain, nous partons pour deux jours de rando tranquille. Une petite marche jusqu'à la Laguna Capri puis jusqu'au campement Poincenot où nous plantons la tente avant de faire un aller-retour à la Laguna Piedras Blancas oú nous profitons des paysages que nous traversons et admirons le travail du Carpintero Gigante: un pivert géant (40cm) dont le mâle à la tête toute rouge. De retour au campement, les températures fraîches nous font nous coucher tôt. Au petit matin, à 5h30, nous montons à la frontale jusqu'à la Laguna de Los Tres. Point de vue admirable au pied du Fitz Roy. Nous nous sommes levé un peu trop tôt et devons attendre une heure avant que le soleil embrase le sommet de la montagne. Très lentement, le sommet et la roche prennent une couleur rougeâtre. Le spectacle est magnifique et nous vivons là un des moments les plus forts de notre voyage. Sur le chemin du retour, nous empruntons un sentier qui n'existe plus que sur les cartes et devons couper à travers la nature afin de retrouver un chemin de rando.

   Les jours suivants, nous planifions d'aller faire ce qu'Ariane fait chaque jour: un petit tour en bateau sur le lac Viedma avant d'aller sur le glacier. Depuis quelques jours, le temps est redevenu nuageux avec des averses... Mais la pluie nous laisssera tranquille le temps de chausser les crampons et d'aller marcher sur le glacier. Nous découvrons un paysage fabuleux sur un terrain fait de glace aux reliefs très accidentés.



Le glacier Viedma se jetant dans le lac... Viedma.

Cerro Torre à gauche - Fitz Roy ennuagé à droite
   Nous profitons d'une éclaircie pour faire une autre rando sur une journée afin d'aller à un point de vue où le Cerro Torre et le Fitz Roy joueront à cache-cache avec les nuages... On ne décide pas du temps mais la vue était tout de même magnifique. Nous tenterons une dernière fois notre chance avec la météo en louant du matériel d'escalade pour aller tater la roche. Les renseignements sur les voies sont prises mais lorsque nous sortons du magasin avec le matos, la pluie fine fait son apparition. Nous attendons quelques minutes et finissons par nous incliner devant la météo. Et puis, le temps passe, un asado se fait entre deux pluies, des glaces aux parfums succulants sont englouties et le temps de repartir est venu...

   Nous faisons nos au revoir à Carli et Ariane le matin du 08 Mars après avoir squatté 13 jours leur petit appart et espérons les revoir en France prochainement. La pluie salura notre départ d'El Chalten durant la matinée, mais nous laissera tranquille les 3 jours suivants pour avaler les 230km afin de rejoindre El Calafate. Nous laissons la piste de cailloux, qui nous a tant secoué ces dernières semaines, pour rouler sur une route construite il y a 5 ans à peine. Nous longons le lac Viedma, poursuivons vers le Sud en nous enfoncant dans les terres et rejoignons le lac Argentino oú la ville d'El Calafate sert de point de départ vers la partie Sud du Parc National de Los Glaciares. Le lendemain de la première journée oú nous avons parcouru 110km, nous sommes freinés par la rencontre du vent (pas trop fort mais en pleine face) et celle avec Anne-Sophie... Cette rencontre avec cette jeune fille francaise vivant au Canada nous a bien surpris comme elle a dû surprendre nombre de voyageurs. Non pas parce qu'elle voyage seule mais parce ce son moyen de transport n'est pas des plus commun... Un monocycle! Quoi? Bah, oui, un monocycle. Partie d'Ushuaia, elle pense remonter la Carretera Austral et poursuivre jusqu'à Santiago du Chili. Nous avons mis le lien de son site internet sur notre blog et vous invitons à découvrir son aventure que nous, nous ne manquerons pas de suivre. Bravo Anne-So!!


Koide
   Dans la matinée du 10 Mars, nous parcourons les 30 derniers km qui nous séparait d'El Calafate. Une fois encore, nous croisons Koide qui lui poursuit son voyage vers le Parc Nationnal Torres de Paine. Nous ne le croiserons plus, c'est sur et nous lui souhaitons bon vent en espèrant le voir lors d'un prochain voyage en Europe. Après avoir fait le tour de quelques hotels, nous choisissons de rester dans celui qu'Ariane nous avait conseillé. Nous avons bien aimé ce petit hotel oú l'odeur du pain qui cuit embaume le couloir qui dessert les chambres. Nous restons la journée du lendemain pour faire un coucou via internet à la famille et aux amis que nous n'avions pas vu depuis un mois.








    Le lendemaim, nous partons pour faire un aller-retour vers le point le plus au Sud de notre descente à vélo et qui symbolisera la "fin". Et quelle plus belle fin que d'aller voir le glacier du Perito Moreno? Il ne se trouve qu'à 80km d'El Calafate mais l'entrée du Parc National Los Glaciares est située à 50km et il est interdit de camper à l'intérieur du parc. Nous nous installons donc proches de l'entrée et au petit matin du 13 Mars, nous y entrons et avalons avec une certaine exitation les 30 derniers km.


   Beaucoup plus impressionnant que le glacier Viedma celui du Perito Moreno impressionne par ses dimensions: 30km de long, 5km de large et 60m de hauteur. Ce qui le rend exceptionnel est qu'on peut l'observer de très près et... qu'il avance. Contrairement à la plupart des glaciers dans le monde qui eux reculent, le Moreno parcoure jusqu'à 2m par jour. Bien sur, cette avancé n'est pas visible à l'oeil nu mais les conséquences de ce mouvements le sont eux. C'est un véritable spectacle pour les oreilles et les yeux.



 Le glacier "craque" et ici, l'activité touristique n'est pas très physique. Il suffit de trouver le meilleur point de vue selon soi et ... attendre. Chaques craquements mettent notre sens de la vue en éveil. Nos yeux sont instantanément à la recherche "du morceau" qui va tomber. C'est fascinant! Nous avons pu voir des parties, qui faisait toute la hauteur du glacier, se détacher, glisser le long de la paroie mise à nu et s'enfoncer dans les eaux troubles du Lago Argentino.


Un autre, de toute la hauteur également, est tombé en avant. On aurait dit que ce que nous observions se passait au ralenti. Le tout se termine dans un énorme fraca et une gerbe d'eau assourdissante. Bordel, que c'est impressionnant! Nous aurions donné cher pour pouvoir camper à proximité et écouter les bruits du glacier.. Mais, il nous a fallu quitter les lieux et sortir du Parc pour trouver un endroit où bivouaquer avant la tombée de la nuit et des températures.





   Voilà, c'est une jolie fin de descente vers le Sud que nous avons eu. De retour dans notre petit hôtel d'oú nous envoyons ce message, nous nous préparons à une autre aventure. Remonter sur Buenos Aires en passant par Rio Gallegos. Trajet que nous espérons faire en stop mais le récit de quelques voyageurs rencontrés nous ont fait comprendre que ce ne sera pas si simple. Donc, remontée en stop, en bus, en avion???? Nous verons bien. En tout cas, la date retour approche...





                                                                                                   .....................................Lo

La Patagonie, au Chili, on en a une énorme envie...



    Un bon moment s'est écoulé depuis le dernier message posté… Sans que l'on s'en aperçoive, les kilomètres sont très vite passés… Les paysages ont défilé devant nos yeux toujours aussi émerveillés… Et aussi, les connexions internet sont devenues de plus en plus rares dans cette région bien reculée qu'est la Patagonie Chilienne… D'ailleurs,  nous n'avons pas pu charger les photos du message. Il vous faudra attendre un peu pour le voir agrémenté des photos ainsi que celles sur le lien des photos par pays et peut-être une vidéo en bonus...

    Nous vous avions donc quitté dans la petite ville d'El Bolson, connue pour sa tranquillité, sa population hippie, et ses sentiers de rando faciles et nombreux pour visiter les environs. Nous nous sommes donc installés dans un camping très sympa durant ces quelques jours. La ville, elle, organise sa fête annuelle du houblon… Les bières artisanales qui sont produites dans cette région sont proposées aux touristes de passage, ainsi que toute une série de produits locaux. Tout est très alléchant mais les prix beaucoup moins, malheureusement!!

    Comme dans quasiment tous les campings argentins, chaque emplacement est équipé d'un barbecue. Nous nous lançons donc, un soir, dans une petite grillade de poulet. Le demi poulet est préparé, les herbes, le citron, l'huile, les petites patates… Tout commence plutôt bien, nous enchaînons en faisant brûler notre bois…les braises se forment mais, au moment de rabattre la grille sur le feu on se rend compte que la grille est un peu haute pour la quantité de braise que l'on a… En tant que non connaisseurs, on se dit que l'on verra bien… Ca devrait quand même le faire!! Les minutes passent, les heures aussi, et notre poulet n'a pas l'air d'être prêt a être dégusté… Les braises, elles diminuent à vue d'oeil… et je commence à me dire qu'on va peut-être devoir sortir le réchaud pour finir de cuire tout ça!! La loose!! Nos voisins, nous voyant en galère, viennent à notre secours! Ils sont argentins, et forcément s'y connaissent en grillade, ils sont aussi en train d'en faire une, et, il leur reste des braises! Nous avons un peu honte, mais nous sommes sauvés, le poulet est rapatrié en urgence sur leurs braises et laissé en mains expertes!! A plus de minuit, nous mangeons enfin notre poulet!!! L'expérience du soir, nous aura au moins appris quelques trucs sur l'asado argentin… Il faudra réessayer et ne pas rester sur un échec!!

Le Cajon del Azul, c'est beau mais c'est froid!

    Nos quelques jours à El Bolson sont finalement bien occupés, nous enchaînons entre sorties vélo dans les environ et une très jolie rando vers el Cajon del Azul. Un bus nous emmène à 8h pétante vers le début du sentier, au pied des montagnes. Nous partons légers pour un jour à travers un sentier très bien tracé en plein milieu de la forêt. Le parcours ombragé est vraiment agréable, nous sommes au frais, longeant une jolie rivière. L'eau transparente est très attirante mais sa température beaucoup moins! Certains touristes courageux font quand même trempette! Notre rando nous emmène jusqu'à une gorge très resserrée nommée "El Cajon del Azul". Très joli coin où il aurait été possible de camper facilement autour de quelques refuges très bien organisés… Nous n'avions pas prévu cela et devons donc revenir sur nos pas. De retour à El Bolson, Laurent m'attire vers un centre de bien-être… Mon anniversaire, c'était il y a quelques jours et mon cadeau arrive, malgré son retard, au bon moment! Un petit massage d'1h30 va me faire le plus grand bien après cette journée de marche!! 


    Le lendemain, juste après avoir posté le dernier message, notre petit ordinateur, mal-traité ne veut plus s'allumer! Ce n'est pas que nous avions des choses hyper importantes à l'intérieur mais il est quand même bien pratique le petit!! Nous le laissons donc chez le réparateur en espérant que le jour suivant il sera de nouveau sur pied… Nous qui pensions profiter de cette journée pour un peu d'internet et de repos, nous partons plutôt à vélo au bord du lago Puelo, pour une journée lecture et sieste. Le repos se traduit par quand même une quarantaine de bornes à vélo pour rejoindre le lac, pfff n'importe quoi!! Le lac est parfait pour la baignade et le kayak avec quelques jolies montagnes en toile de fond. Le soir venu, la partie la plus difficile nous attend : s'assoir à une belle table avec son amoureux et déguster une bonne viande rouge accompagné d'une bonne bouteille de vin!


    Avant de continuer notre route, nous allons voir notre petit ordinateur. Verdict : le docteur n'a pas pu faire ressusciter notre machine, il va falloir s'en passer en attendant de trouver une autre solution. Nous partons donc d'El Bolson en fin de matinée et suivons la route 40 pour quelques kilomètres avant de bifurquer vers le parc de los Alerces, notre prochaine destination. Nous arrêtons notre route du jour devant une très belle ferme en pierre toute fleurie. Miguel et Toli accueillent les touristes dans leur salon de thé et font aussi chambre d'hôte… Ils nous laissent camper à côté, aux bords des champs, où vaches et chevaux broutent l'herbe bien verte. Leur chien très bien éduqué et sûrement très malin, nous voyant préparer la popote, vient nous voir nous tendant directement sa papatte pour nous demander à manger!!

    Nous sommes apparemment à deux pas d'une ferme construite par Butch Cassidy et le Kid. Les deux truands auraient passés quelques années dans ce coin de l'Argentine au tout début du XXème siècle… Dans les gens connus qui habiterait la région il y a aussi Florent Pagny qui aurait sa propriété près du village de Cholila par lequel nous poursuivons notre route… Enfin, mieux que de rendre visite à Florent, il y a ce jour-là la fête de l'asado (grillade). Nous arrivons un peu trop tôt dans la matinée, et la viande n'est toujours pas à cuire!! Dommage! Des stères et des stères de bois sont par contre entreposés attendant de se faire transformer en braises…


    Nous repartons donc assez rapidement pour nous enfoncer, par une route de graviers vers les premiers lacs du parc de Los Alerces. Le lago Rivadavia, battu par les vents, nous accueille à l'entrée du parc. Nous continuons sur ce petit chemin parmi les arbres, les petites rivières et les lacs. Lorsque nous prenons un peu de hauteur, les points de vue sont assez chouettes. Le temps est en revanche un peu gris et l'air plutôt frais… Nous avançons jusqu'à un camping libre (gratuit) pour la nuit. Nous installons notre tente sous de grands arbres au bord d'un joli lac… Le parc Los Alerces porte le nom d'un arbre rare et protégé. C'est une variété de sapin qui ne pousserait que de 0,8 à 1,2cm de diamètre par an et dont les plus grands atteindraient 60m de haut. 




     Ils ont malheureusement été coupés en masse à une époque et sont désormais rares… Nous n'en avons pas vu ou peut-être que nous n'avons pas su les reconnaître parmi tous les autres… Lorsque nous reprenons la route le 02 février, il fait un soleil magnifique. Nous profitons donc des jolies couleurs que le soleil procure et terminons notre traversée du parc. La frontière chilienne n'est plus bien loin, mais la route qui y mène n'est vraiment pas agréable, entre grosses pierres, sable et tôle ondulée... Nous nous arrêtons chez Vicente, un artisan du coin qui réalise des tressages avec du crin de cheval et des petits objets en osselets (rotules) de mouton ou de vache… 


 

rio Futaleufu
    Seulement une vingtaine de kilomètres nous séparent ensuite de la frontière. Les formalités sont bien plus rapides que lorsque nous étions rentrés au Chili la dernière fois et tant mieux! Côté chilien : Surprise, une jolie route asphaltée nous attend. Mais attention, seulement sur 10km, jusqu'à la petite ville suivante!!! Curieux… Nous repartons donc, après cette très brève surprise, sur une piste bosselée et vallonnée qui nous fait longer la jolie rivière turquoise de Futaleufu. Nous y campons au bord avec une famille chilienne, qui a eu la même idée que nous, ainsi que deux argentins à vélo. Cette rivière est très renommée pour la descente en kayak et rafting avec les nombreux rapides qu'elle possède. Il faut dire que ça nous donne bien envie, d'autant plus qu'en kayak ou en rafting, contrairement au vélo, ça descend toujours!!! Enfin, ce sera peut-être pour une prochaine fois, pour le moment nous devons poursuivre notre chemin. Le paysage est superbe, la végétation est assez dense avec de grandes falaises bien verticales qui nous font nous sentir tous petits et avec l'eau de cette rivière toujours aussi bleue. Nous revoyons les deux argentins (Sergio et Ariel) qui ont campé avec nous et qui sont actuellement bloqués au bord de la route, essayant de réparer pour la 3ème fois la chaîne d'un des vélos. La solution, c'est un petit maillon rapide que nous avions acheté avant le voyage et qui ne nous avait pas été utile pour le moment… En espérant que ça tienne! 

    Les pentes sont ensuite parfois bien raides et les cailloux nous forcent à poser le pied à terre et à pousser! Nous rejoignons finalement Santa Lucia, un petit village qui marque pour nous le début de la carretera australe… Et qui dit carretera australe, dit beaucoup beaucoup de vélos… Au simple petit magasin d'alimentation où nous nous étions arrêtés, nous sommes rapidement rejoint par 5 autres cyclotouristes de passage… Comme nous vous l'avions expliqué auparavant, nous rencontrons depuis un petit moment de plus en plus de cyclovoyageurs et la carretera australe est une artère encore plus fréquentée. Il nous est donc impossible de nous arrêter discuter avec tout le monde et souvent, nous n'échangeons qu'un simple bonjour. Nous continuons pour quelques kilomètres afin de trouver un campement au bord d'une rivière. Lorsque nous allions en repartir le lendemain, je m'aperçois de la perte de mon téléphone… Nous l'avions sorti dans le magasin au dernier village et l'avons sûrement oublié là-bas!! Oups… Demi-tour oblige, heureusement nous ne sommes qu'à 7km de Santa Lucia! De retour au magasin, nous retrouvons notre portable posé sur le comptoir… Ouf, il avait été gardé précieusement par la propriétaire! 

    Après une grosse journée de pédalage et un bon dénivelé avalé, nous sommes bien fatigués… Nous trouvons finalement un camping pour une petite douche chaude bien méritée après 6 jours de vélo et camping sauvage!! Le 6 février au matin, nous rejoignons la petite ville de La Junta. Le temps est un peu gris mais la pluie ne viendra pas… Après cela, la route est un peu meilleure et bordée de ces grandes feuilles typiques de la région : le Nalca. 


   Nous retrouvons finalement l'océan au niveau de la petite ville de Puyuhuapi. Ce petit village est vraiment typique avec ces maisons en bois pleins de charme que l'on observe depuis quelques kilomètres déjà. Leurs toitures, souvent faites de tôle, sont assez complexes et le revêtement des murs est composé d'une multitudes de morceaux de planche, disposés en quinconce comme sur une toiture d'ardoise… Quelque chose me dit qu'elle ne doivent pas être facile à faire en maquette celles-là! La côte est dans cette région une succession de petit détours… Nous ne voyons donc pas l'horizon et nous nous croyons plutôt au bord des lacs déjà observés un peu plus au Nord. Seul l'odeur de mer et les quelques bateaux amarrés sur le rivage, nous confirme notre présence au bord du Pacifique. Après avoir fait nos provisions pour les deux jours suivants, nous avançons toujours plus au Sud longeant la côte. Nous nous arrêtons en bord de mer, dans un camping, pour profiter d'une journée de repos. 
    
    Nous nous réveillons avec un joli ciel bleu lorsque nous devons repartir. Nous longeons le fjord de Queulat dans le parc national du même nom. La route s'enfonce ensuite dans les terres en montant, montant en lacets… Il fait très très chaud, nous dégoulinons littéralement. Arrivés au col, une énorme cascade déverse une quantité d'eau impressionnante qui semble venir de nulle part… Alors que nous redescendons, nous voyons un groupe de voitures et vélos arrêtés sur le bord de la route. Nous nous renseignons de ce qu'il y a à voir dans le coin et partons finalement pour une marche d'une heure environ jusqu'à une lagune. 


   












    Le chemin commence par serpenter à travers une forêt enchantée. Ce décor semble tout droit sorti du film du Seigneur des anneaux avec de la fougère qui recouvre la moindre branche… Nous rejoignons un torrent et apercevons un peu plus haut un glacier et une cascade qui en sort. Quelques minutes plus tard nous voilà surplombant la lagune située au pied de la cascade. L'eau est bleue et des sortes d'iceberg flottent par endroit. Le spectacle est surprenant et nous sommes bien contant d'avoir fait le détour pour voir ça! Après avoir repris les vélos et être descendu quelques kilomètres, nous rejoignons un tronçon de route bitumée qui ravi nos vélos et nos petites fesses. Alors que nous pensions nous arrêter au prochain point signalé sur notre carte, pensant que c'était un petit village, afin de manger un peu et de se réapprovisionner, nous sommes surpris de réaliser en arrivant sur place que ce n'est qu'un point touristique… 30km un peu difficile à cause de la fatigue nous font arriver au prochain village avec quelques commerces pour assouvir notre faim. Nous campons à côté de l'église comme de nombreux autres voyageurs de passage dans le coin. Nous continuons le lendemain pour deux jours de plus jusqu'à la grosse ville du Sud : Coyhaique. 

    Le mauvais temps à l'air de nous rattraper. Nous restons un jour pour se reposer dans cette ville et aussi pour essayer de trouver une solution pour notre ordinateur malade! Un réparateur très compétent est trouvé assez rapidement et l'ordinateur se réveille finalement pendant notre jour de pause… Nous l'utilisons donc, mais un peu trop à outrance, et le pauvre à l'air d'avoir du mal à retrouver ses esprits en fin de journée… La pluie tombe bien ce jour-là et nous avons de la chance de ne pas être sur la route! Lorsqu'il est l'heure pour nous de repartir, le temps est meilleur et heureusement. Nous grimpons, le vent souffle quand même et le froid arrive… 


    Comme par miracle, arrivés en haut du col, nous retrouvons Ariel et Sergio les argentins rencontrés il y a quelques jours. Et comme de bons argentins… Ils ont le maté à la main!! Nous avons droit au deux derniers matés pour nous réchauffer un peu! La route plonge ensuite vers le prochain village donnant droit à une jolie vue, certes avec beaucoup de nuages, sur le Cerro Castillo qui culmine à 2318m. Nous nous installons dans un camping et rencontrons de nombreux autres cyclotouristes et randonneurs. 

Vue sur le Cerro Castillo... derrière quelques nuages...


    Alors que nous repartons le jour d'après, le vent à décidé d'être de la partie, la pluie, elle, est assez rare… La route de ripio (piste) est assez mauvaise et le vent fatigue pas mal. Et, après beaucoup de kilomètres dans les pattes et quelques gouttes sur la tête, nous trouvons par chance une petite maison abandonnée qui va être parfaite pour un petit camping. Alors que nous découvrions notre "jolie" petite maison, un voyageur arrive à moto à l'entrée… Ce soir, nous allons avoir des colocs. Hector, un espagnol et Jacqui sa copine chilienne, viennent de crever à cause des ornières du chemin. Ils doivent s'arrêter pour cette nuit ici. Nous installons notre tente dans la salle à manger, cuisine, salon, entrée et eux prennent une des chambres. Nous passerons une soirée agréable à beaucoup rire grâce à Jacqui qui déborde d'énergie. Un vrai petit clown! Malheureusement, le vent souffle et la pluie rentre un peu à travers les fenêtres sans vitres de la "salle à manger"!! Enfin, nous sommes bien heureux de nous retrouver à l'intérieur, au sec de cette petite maison car il va pleuvoir toute la nuit… Et toute la matinée suivante aussi!!

Avec Jacqui et Hector dans "notre" maison d'un soir!

    La pluie nous décourage à quitter notre "chez nous" mais nous sommes un peu au milieu de nulle-part et nous n'avons pas beaucoup d'autre choix que de continuer! Le départ est plutôt humide mais finalement, la pluie s'alterne avec quelques éclaircies… Nous arrivons au niveau du lac General Carrera, le deuxième plus grand lac d'Amérique du Sud après le lac Titicaca qui partage sa surface entre le Chili et l'Argentine où il prend le nom de lac Buenos Aires, c'est aussi une des principale source d'eau douce du Chili. A notre grand étonnement, malgré un ciel très nuageux, le lac, formé par les nombreux glaciers du coin est toujours aussi bleu turquoise. L'ensemble est plutôt très joli entre les averses. Nous longeons ce lac jusqu'à rejoindre la petite ville de Puerto Tranquilo qui sera notre étape du jour. Complètement mouillés par les derniers kilomètres, nous prenons un camping et une bonne douche chaude bien méritée. Alors que nous nous baladions dans le petit village, nous revoyons Hector et Jacqui qui nous propose que l'on se joigne à eux et à un couple de français, qui voyagent dans un très beau combi orange, pour visiter le lendemain la Catedral de Marmol (cathédrale de marbre). 



La cathédrale de marbre
    Cette excursion se fait en bateau à moteur afin de visiter les rives du lac. Le marbre étant présent dans le paysage du coin il borde donc également le lac. Nous visitons des sortes de cavernes, la roche est parfois très très découpée, forme des colonnes, des pics dans des couleurs allant du gris au blanc. Le blanc étant la partie la plus pure du marbre. La texture des parois sont comme creusées d'une multitude de bulles. Cette forme serait due à la présence  de lave à une époque très très reculée… Le point final de la visite nous fait passer à côté de deux rochers de tailles assez grandes qui semblent être suspendus au-dessus du niveau de l'eau soutenu par de nombreuses colonnes. Une très belle excursion animée par la bonne humeur de Jacqui. Nous qui étions sensés repartir dans la foulée, nous sommes un peu découragés par le mauvais temps qui persiste. Un peu de nettoyage de vélo serait aussi bien utile ainsi qu'une petite sieste. 

 
    Nous repartons de Puerto Tranquilo le 16 Février, le temps est vraiment meilleur, nous longeons le bord du lac un petit moment, les glaciers alentours paraissent tous proches. Nous suivons le fil de l'eau, et arrivons au bord du Lago Bertrand puis c'est aux côtés du Rio Baker que nous continuons notre route. Cette rivière a une puissance impressionnante et va suivre plus ou moins notre itinéraire pendant une bonne partie de la carretera australe. Ce soir-là, nous arrivons au confluent de la rivière Baker et de la rivière Nef. Un petit chemin, mène en 5 minutes au bord de ces rivières.

Lac General Carrera



    Le rio Baker tombe dans un bouillonnement avant de retrouver l'autre rivière… Les eaux turquoise du rio Baker viennent se mélanger comme pourrait se faire un mélange de peinture avec les eaux plus vertes claires et laiteuses du rio Nef. Nous nous arrêtons là pour la nuit, avec quelques chevaux pour compagnie. 

 

    Au petit matin, c'est l'heure de reprendre les vélos. 40km nous séparent de Cochrane ainsi qu'une très grosse montée… 

Les cailloux remplissent la surface de la route, difficile de terminer sur le vélo, il faut pousser! Nous arrivons finalement à Cochrane où l'on prend une petite chambre d'hôtel et rechargeons les batteries (au sens propre et au figuré) avec une bonne nuit, avant d'attaquer le dernier tronçon de cette route mythique. Les kilomètres avant le prochain point de ravitaillement s'avalent en deux jours, toujours entourés de très jolies montagnes (comme d'habitude désormais!) et toujours autant de cailloux sous nos roues parfois déséquilibrées. Nous retrouvons le rio Baker qui a changé de couleur, c'est largement agrandi et qui va bientôt se jeter dans l'Océan Pacifique.



    Nous arrivons à la petite ville typique et charmante de Caleta Tortel. Nous sommes au bord du Pacifique, ici les voitures ne circulent pas, il n'y a pas non plus de routes… La petite localité est connue pour avoir été construite sur ce bout de côte vallonnée où un jeu de passerelles et d'escaliers en cyprès ont été construites pour servir de rues. Les passerelles longent la mer, amènent sur de petites places sur pilotis. Les maisons, elles, sont en bois et tôle et ponctuent les flancs des collines. Nous prenons un hôtel au bord du parking d'entrée pour plus de facilité car le camping est situé vraiment à l'autre bout de la ville.


    Le lendemain, nous rencontrons plusieurs cyclistes sur le parking dont Joël (un suisse) et Jaime (un chilien) avec qui nous allons poursuivre notre route pour 3 jours vers le point final de la carretera australe : Villa O'Higgins. La première étape nous amène à Puerto Yungay d'où un bateau nous attend pour passer un bras de mer. 45 minutes de traversée sont nécessaires à rejoindre Puerto Bravo.


Avec Jaime et Joël
     Comme d'autres cyclistes avant nous, nous nous arrêtons là-bas pour la nuit, dans un abri qui sert de salle d'attente pour ceux qui prennent le bateau dans l'autre sens. Le bâtiment paraît tout neuf avec même des toilettes à l'intérieur! C'est parfait! Nous voyons un petit mot du couple suisse, Johann et Marie, rencontrés à Mendoza (entre autres) qui sont passés par là avant nous! Le soir, Joël, hyper motivé à pêcher quelques poissons, fabrique une jolie canne à pêche. Un clou devient un hameçon, un câble de frein lui sert de fil et un bout de bambou, de canne à pêche. Après avoir cherché des vers de terre, ils se mettent à pêcher. Les poissons sont nombreux et ils auront 5 touches… Mais pas de poissons pour le dîner!



    Nous croisons beaucoup de cyclistes qui remontent vers le Nord. Ils nous avertissent d'un refuge, construit exprès pour les voyageurs, à mi-chemin entre ici et Villa O'Higgins. Nous nous arrêtons donc à la fin de la journée suivante dans cette petite cabane en bois. Il y a une petite cheminée pour s'y réchauffer… C'est vraiment bien d'avoir créer ça il faut que tout le monde en prenne soin. Sur la route, nous longeons toujours, les glaciers d'où s'échappe une multitude de cascade et ruisseaux formant des zones marécageuses et des lacs en contre-bas.

     Nous arrivons le 22 à l'extrême Sud de la carretera australe, déjà!! Il nous aura fallu une vingtaine de jours pour parcourir cette partie du Chili. Une très très belle région, vous l'aurez compris qui nous à ravi! Cette zone est pourtant en danger. Un livre et une campagne de sensibilisation à été créé, le titre : "Patagonia sin represas" qui signifie "Patagonie sans barrage". En effet, de nombreux projets seraient à l'étude, menés par de nombreuses entreprises étrangères qui possèderaient des droits pour exploiter les grosses rivières de la région et qui envisageraient de créer de nombreux barrages. Tous ces barrages vont, c'est sûr, dénaturer le paysage de cette merveilleuse région qui reste encore très "nature". Ce qui met en danger aussi cette région, comme bien d'autres d'ailleurs, ce sont les incendies qui ravagent les forêts, qui vont mettre des années et des années avant de repousser, pouvant causer ensuite des glissements de terrain à certains endroits. En espérant donc que ces projets ne voient pas le jour… 


    La suite pour nous, ce sera une traversée en bateau du lac O'Higgins puis quelques kilomètres pour rejoindre la frontière argentine. Nous sommes chanceux car nous avions réservé le bateau pour le 23 et partons donc dès le lendemain, laissant Joël et Jaime qui n'ont pas pu avoir de place sur le bateau. Nous partons donc, le soir du 22, camper pas très loin de l'embarcadère d'où partira le bateau. Au petit matin, nous plions notre tente puis partons sur le bateau pour 1h45 de traversée. Dans le bateau, certains traversent le lac comme nous pour rejoindre l'Argentine, d'autres partent visiter le glacier O'Higgins qui se jète dans le lac un peu plus loin. Nous débarquons de l'autre côté, le temps est nuageux mais il ne pleut pas… Enfin, pas encore… Nous commençons à avancer jusqu'au poste de douane chilien… Un petit regroupement de personnes  qui vont suivre ce trajet se forme avec des randonneurs et un autre cycliste… Il y a beaucoup de francophones dans le lot! Alors que nous faisions tamponner nos passeports, la pluie commence à tomber… Mince pas de bol!! Nous nous étions préparés à ce tronçon que nous savions difficile, avec la pluie ça va sûrement se corser un peu plus… Le trajet se compose de 21 kilomètres de chemin assez mauvais.


    Le trajet monte d'abord pour nous, avec un bon dénivelé, sur un chemin très très caillouteux où nous poussons souvent. Certaines parties sont ensuite un peu meilleures et nous pouvons pédaler un peu… Puis, lorsque nous passons côté argentin, le chemin, jusqu'à maintenant, bien large, se transforme en sentier de trekking. Nous devons marcher à côté du vélo. Le chemin descend principalement, les racines, les troncs, les pierres sont des obstacles permanents nous obligeant à soulever très souvent le vélo, en faisant bien attention à ne rien endommager. La pluie tombe toujours formant par endroit de la bonne gadoue… Nous devons aussi passer quelques petites rivières. Pour ces endroits plus périlleux, des pierres et des troncs couchés ont été disposés pour éviter de mettre le pied dedans… Mais bon, pas évident de ne pas glisser!!! La fin du chemin descend dans une sorte de gouttière creusée par le passage des chevaux. C'est un vrai toboggan, un peu trop étroit pour notre vélo équipé de sacoches!! Enfin, il faut prendre tout ça tranquillement, un peu comme un jeu, sans s'énerver et le tout est joué!! A l'arrivée de ce chemin chaotique nous retrouvons la douane argentine. Nous campons avec tout le monde sous des arbres, pour nous abriter de la pluie qui tombe toujours!!! Je crois qu'il fallait bien qu'on en chie un peu… Car des jours si pluvieux, nous n'en avions encore jamais eu!!! Au cours de cette journée mémorable, nous passerons notre 18000ème kilomètres.

    Le jour suivant est meilleur, enfin il ne pleut pas!! Nous sommes à cet endroit au Nord du lago del Desierto. La vue est, parait-il, magnifique sur le Fitz-Roy, la mythique montagne de la région qui est actuellement bien cachée par de gros nuages. Nous enchainons avec une autre traversée en bateau puis presque 40km de piste pour rejoindre El Chalten. Les derniers kilomètres sont très longs, nous avons hâte d'arriver chez notre amie Ariane qui va nous héberger pour quelques jours. Beaucoup de repos seront d'abord au programme avec, ensuite, de magnifiques randonnées à découvrir… Il nous faudra aussi penser à la suite, qui reste toujours avec un gros point d'interrogation??? Est-ce que l'on ne continuerait pas jusqu'au glacier Perito Moreno?? Est-ce que l'on n'irait pas faire un petit trek dans le parc national de Torres del Paine?? A vélo ou pas??? Zatize ze kouechtieune!!! 

Ariane et Carli

    Cette région de Patagonie chilienne nous a vraiment plu et c'est certainement à cause d'elle que nous avons oublié de souhaiter la naissance de trois petits bout de choux durant la période de fin et début d'année…. Un gros bisou donc à Virginie, la cousine de Laurent et à son petit Jules. A Albane, en espérant faire de belles rando avec ses parents Eléonore et Ludwig, et à Aurélie et Nicolas pour la venue de Léo.


                                                                                                …… Dédé